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Les Artisans du Bon Goût avec Malàkio, quand la mer devient matière

Pour ce nouvel épisode des Artisans du Bon Goût, Royal Mer est allé à la rencontre de Malàkio, une entreprise française qui transforme les coquillages revalorisés en matériau. Une rencontre...

Chez Royal Mer, nous avons toujours cru que le travail bien fait commence par le respect de la matière. Celle que l’on choisit, celle que l’on transforme, celle que l’on fait durer.

C’est cette conviction qui nous a donné envie de créer Les Artisans du Bon Goût, une série de rencontres avec celles et ceux qui défendent un savoir-faire, un territoire et une autre manière de fabriquer.

Après notre premier épisode consacré à Fumette, au Cap Ferret, nous sommes partis à Nantes, à la rencontre de Malàkio, une entreprise fondée par Morgan Guyader et Hugo Kermarrec, aujourd’hui accompagnés par Thibault Longueville, directeur associé. Leur démarche consiste à transformer des coquillages revalorisés en un matériau destiné au design, à l’architecture, au mobilier et à l’objet.

À première vue, leurs pièces en coquillages et nos pulls marins semblent appartenir à deux univers très différents. Pourtant, la rencontre s’est imposée naturellement : la mer comme point de départ, la matière comme sujet central, et le savoir-faire français comme manière de donner du sens à ce que l’on fabrique.

Dans cette vidéo, Morgan Guyader revient sur la naissance de Malàkio, la transformation des coquillages revalorisés et la manière dont cette matière peut ouvrir de nouvelles alternatives au plastique et aux matériaux importés.

Transformer un déchet en matière première

L’histoire de Malàkio commence avec une frustration très concrète.

Après ses études en design, Morgan travaille pendant un an avec son beau-frère ostréiculteur à Noirmoutier. Tous les week-ends, il vend des huîtres en région parisienne. C’est là qu’il prend conscience d’un paradoxe : en France, entre 150 000 et 200 000 tonnes de coquillages sont jetées chaque année. Une grande partie part encore en enfouissement ou en incinération.

Pour un designer, cette réalité interroge. Pourquoi continuer à importer des matières premières venues de loin, quand une matière locale, solide, esthétique et chargée d’imaginaire se trouve déjà sous nos yeux ?

Le coquillage porte quelque chose de très sensible. Une plage, une table, une promenade, une histoire de famille. Morgan le dit simplement : nous avons tous une histoire avec les coquillages. Pourtant, cette matière est encore trop souvent considérée comme un déchet.

Avec Hugo, l’idée naît pendant le confinement. Et si ces coquillages pouvaient redevenir une matière première ? Et si ce que l’on jette pouvait devenir une ressource ? C’est le point de départ de Malàkio.

Coquillages revalorisés utilisés pour créer le matériau Malàkio
Des coquillages revalorisés, broyés puis transformés en matière.

Une matière issue de la mer, pensée pour durer

Le matériau Malàkio est conçu à partir de coquillages recyclés. Coquilles d’huîtres, de moules ou de Saint-Jacques sont récupérées auprès de restaurateurs et de producteurs, puis broyées par des partenaires en Bretagne et en Vendée.

Ces coquillages sont ensuite incorporés à une pierre minérale française, avec une faible part de colle qui permet d’agglomérer l’ensemble sans cuisson. Le résultat se rapproche, dans son rendu, d’un marbre ou d’un terrazzo : une matière minérale, texturée, solide, que l’on peut couler, usiner, poncer et finir à la main pour faire apparaître la nacre.

Dans l’atelier, la transformation est presque évidente à regarder. La coquille brute devient poudre. La poudre devient matière. La matière devient objet.

Malàkio fabrique aujourd’hui de petits objets, comme des bougeoirs, des porte-couteaux, des dessous de verre ou des vide-poches, mais aussi des pièces de plus grande dimension : plateaux de table, mobilier, plans de travail et projets d’agencement. Leur matériau peut passer du très petit au très grand, avec une même composition, ce qui en fait une matière particulièrement intéressante pour le design et l’architecture.

Objet Malàkio réalisé à partir de coquillages revalorisés
Une pièce Malàkio, pensée pour montrer la beauté naturelle des coquillages revalorisés.

Un procédé low tech, sans cuisson

L’un des points les plus importants dans la démarche de Malàkio tient à son procédé de fabrication.

Dans l’atelier, il n’y a pas de four. Pas de cuisson. Pas de consommation d’énergie lourde pour transformer la matière. Le matériau sèche à l’air libre, grâce à un processus low tech pensé dès le départ pour limiter l’impact énergétique.

Cette approche donne toute sa force au projet, parce qu’elle ne repose pas sur une promesse parfaite. Morgan l’explique avec transparence : le matériau contient encore une faible part de colle. Mais ce choix permet aujourd’hui d’éviter une cuisson beaucoup plus énergivore, comme c’est le cas pour d’autres matériaux ou procédés industriels.

Cette nuance est importante. Produire mieux ne veut pas toujours dire produire parfaitement. Cela signifie souvent faire des choix, chercher le bon équilibre, améliorer ce qui peut l’être et ne pas s’arrêter de travailler la matière.

Chez Malàkio, l’objectif reste clair : augmenter progressivement la part de coquillages, améliorer la composition et parvenir, un jour, à un matériau entièrement naturel.

Matière Malàkio composée de coquillages broyés et de pierre minérale française
Une matière minérale, locale, travaillée sans cuisson.

Une alternative à certains usages du plastique

Le matériau Malàkio a été pensé pour remplacer certains usages existants, notamment dans le plastique ou dans des matières importées.

Morgan cite un exemple très concret. Une marque de mode a fait appel à Malàkio pour réaliser 500 rappels de marque auparavant produits en plastique en Asie. En choisissant un matériau fabriqué en France, issu de l’économie circulaire, cette marque a évité plusieurs centaines de pièces en plastique et revalorisé plusieurs centaines de kilos de coquillages.

L’exemple est parlant. Il ne dit pas que Malàkio peut remplacer tous les plastiques. Il montre quelque chose de plus juste : pour certains usages, une alternative existe déjà.

Malàkio travaille aussi sur le remplacement de matériaux souvent importés, comme certaines pierres naturelles ou certains marbres venus de loin. Là encore, il ne s’agit pas d’opposer brutalement une matière à une autre. Il s’agit de poser une question simple : quand une ressource locale existe, pourquoi ne pas chercher à la valoriser ?

Cette question résonne fortement avec Royal Mer.

Pièce Malàkio fabriquée à partir de coquillages revalorisés
Un plateau de table fabriqué à partir du matériau Malàkio.

La matière comme une question de bon sens

Pendant longtemps, les matières synthétiques ont été vues comme une forme de progrès. Elles étaient pratiques, faciles à produire, parfois moins coûteuses, et elles se sont imposées dans de nombreux secteurs, y compris dans la mode.

Aujourd’hui, le regard change. On redécouvre des matières que l’on connaît depuis toujours, comme la laine. Une matière naturelle, respirante, isolante, thermorégulatrice, résistante, capable d’accompagner le corps dans le froid comme dans les variations de température. La laine mérinos, lorsqu’elle est bien sélectionnée et bien travaillée, offre une douceur, une finesse et une tenue qui en font l’une des matières les plus pertinentes pour un vêtement durable.

La question devient alors presque évidente : pourquoi utiliser du polyester quand une matière naturelle existe, qu’elle possède des propriétés remarquables, et que l’on sait la travailler depuis des générations ?

C’est exactement le même type de réflexion que pose Malàkio. Pourquoi aller chercher du marbre à l’autre bout du monde, ou produire du plastique pour certains usages, quand une matière issue des coquillages peut être revalorisée localement ?

Il ne s’agit pas de refuser l’innovation. Il s’agit de la remettre au bon endroit. Morgan parle d’un “pas en arrière sur la matière” et d’un “pas en avant sur les processus”. Cette phrase résume très bien l’époque : revenir à des matières plus essentielles, tout en améliorant les façons de les transformer.

Pull marin Le Bleu Royal Mer en laine mérinos française
Le Bleu, pull marin en laine mérinos française, dans l’atelier Royal Mer.

Un savoir-faire entre atelier et design

Malàkio se situe à la frontière entre la semi-industrie et l’artisanat. Dans l’atelier, les machines ont leur place : fraiseuse numérique, outils de menuiserie, moules conçus en interne, procédés qui permettent de fabriquer en quantité. En 2025, l’entreprise a produit plus de 30 000 objets, du petit accessoire au plateau de table.

Mais le geste reste central. Les pièces sont coulées, usinées, poncées, reprises, finies. Il faut savoir faire apparaître la nacre, comprendre la matière, ajuster les finitions. Morgan insiste sur cette idée : réindustrialiser la France est important, mais il faut garder un savoir-faire. Dans leur cas, il s’agit même d’en créer un nouveau.

Cette vision parle naturellement à Royal Mer. À La Regrippière, notre atelier de maille repose lui aussi sur cet équilibre entre outil, exigence et savoir-faire. Les machines permettent de produire avec précision, mais la qualité finale tient toujours au choix du fil, à la main, au regard, au contrôle, aux finitions.

C’est aussi cela, être à l’opposé de la fast fashion : ne pas produire plus vite pour produire plus, mais fabriquer mieux pour faire durer.

Savoir-faire artisanal dans l’atelier Malàkio
Dans l’atelier Malàkio, la matière se travaille entre outil, geste et finition.

La beauté comme condition de réussite

Ce qui rend la démarche de Malàkio particulièrement juste, c’est qu’elle ne s’arrête pas au discours environnemental.

Morgan le dit clairement : les gens doivent avoir envie d’acheter leurs objets non seulement pour l’histoire qu’ils racontent, mais aussi et surtout parce qu’ils les trouvent beaux.

C’est une idée fondamentale. Un produit responsable ne peut pas se contenter d’être vertueux. Il doit être désirable, solide, bien fini, agréable à vivre. Il doit trouver sa place naturellement dans le quotidien.

Chez Royal Mer, nous partageons cette exigence. Un pull marin peut porter une histoire, un engagement et un savoir-faire. Mais il doit avant tout être bien coupé, agréable à porter, robuste, juste dans sa matière et dans ses finitions. La sincérité d’un produit se mesure aussi à l’usage.

Détail d’une pièce Malàkio en coquillages revalorisés
La nacre et les fragments de coquillages donnent à chaque pièce un caractère unique.

Ce que cette rencontre dit de Royal Mer

Chez Royal Mer, nous ne créons pas notre propre matière. Nous sélectionnons des fils. Nous les travaillons. Nous les transformons en pulls marins, en vestes, en gilets et en pièces de maille pensées pour durer.

Mais le choix d’une matière n’est jamais anodin.

Depuis 1946, Royal Mer défend une certaine idée du vêtement marin : des pièces robustes, utiles, bien fabriquées, qui traversent les saisons sans se laisser dicter par la vitesse des tendances. Cette vision repose sur trois piliers qui guident notre travail : la qualité, la durabilité et les matières naturelles.

Notre engagement sans fibres synthétiques s’inscrit dans cette continuité. Il implique des choix, des arbitrages, parfois des contraintes techniques. Mais il répond à une conviction simple : on ne peut plus concevoir un vêtement sans se poser la question de ce que l’on utilise pour le fabriquer.

Ce chemin prend aujourd’hui une forme très concrète avec Le Bleu, notre pull marin né de la collaboration entre Royal Mer et Païsan. Tricoté en France à partir de laine mérinos française issue d’élevages français, il incarne cette volonté de revenir à une matière locale, naturelle, robuste et pleine de sens.

Cette démarche est également racontée dans notre article dédié à Royal Mer x Païsan et au pull marin Le Bleu, une pièce qui prolonge très concrètement notre réflexion autour de la matière, de la fabrication française et du vêtement durable.

Le Bleu, pull marin Royal Mer x Païsan en laine mérinos française
Le Bleu, pull marin Royal Mer x Païsan, tricoté en France en laine mérinos française.

Avec Malàkio, le parallèle devient limpide sans avoir besoin de forcer la comparaison. Eux transforment des coquillages en une nouvelle matière. Nous transformons des fils naturels en vêtements durables. Eux cherchent des alternatives à certains usages du plastique. Nous faisons le choix de nous passer des fibres synthétiques dans nos collections.

Deux métiers différents, mais une même attention portée à la matière.

Et au fond, une même question : que choisit-on d’utiliser pour fabriquer ce qui nous entoure ?

Merci à Morgan Guyader, Hugo Kermarrec et Thibault Longueville ainsi qu'à leurs collaborateurs pour leur accueil chez Malàkio.

Équipe Malàkio dans l’atelier
L’équipe Malàkio, rencontrée à Nantes pour ce nouvel épisode des Artisans du Bon Goût.

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